Risques mondiaux en 2026 : pourquoi l’IA passe devant le climat dans le classement d’AXA
Dans le classement 2026 d’AXA, l’IA et le big data passent devant le climat parmi les risques cités par les experts. Ce déplacement se lit avec une nuance essentielle : il traduit des perceptions, pas une mesure de probabilité.

La question
Question de la rédaction : quel risque vous semble le plus difficile à anticiper dans votre quotidien ou votre activité ?
Dans le classement 2026 d’AXA, les risques associés à l’intelligence artificielle et au big data prennent la première place parmi les préoccupations des experts, devant le changement climatique.

Ce déplacement ne signifie pas que le climat serait devenu moins dangereux : il montre que, dans cette enquête, les inquiétudes se réorganisent autour de menaces technologiques, géopolitiques et sociales qui s’ajoutent aux risques environnementaux.
Le récit du classement 2026 publié par Futura rapporte les résultats du groupe AXA et permet d’en préciser la portée.
Pour éviter une lecture trop spectaculaire, il faut distinguer trois choses : le rang attribué à une préoccupation, la perception des personnes interrogées et la probabilité qu’un dommage survienne. Le classement renseigne sur les deux premières, pas directement sur la troisième. Il ne constitue ni une prévision certaine ni une mesure comparable du coût futur de chaque risque.
Le point de départ : une inquiétude de « polycrises »
Le texte consacré au rapport indique qu’AXA a interrogé 4 345 experts de 62 pays ainsi que le grand public. Il rapporte également que 95 % des experts et 94 % du public estiment que les crises se sont multipliées ces dernières années. Ces proportions décrivent les réponses à l’enquête : elles ne démontrent pas, à elles seules, que toutes les crises ont augmenté au même rythme ou qu’elles ont les mêmes causes.
Cette distinction compte parce que le classement agrège des préoccupations de nature différente. Un risque peut inquiéter en raison de ses effets directs, de son potentiel de propagation ou de la difficulté à s’y préparer. Le document présente notamment l’idée de crises qui s’additionnent et se renforcent. Cela aide à comprendre pourquoi une menace technologique, un conflit ou une tension énergétique peut compter dans la même discussion qu’un risque climatique, sans que ces phénomènes soient équivalents.
En 2026, l’IA passe devant le climat chez les experts
Le classement des experts place l’IA et le big data au premier rang, devant le changement climatique. AXA qualifie ce changement de basculement historique dans son rapport, selon le texte de Futura. Le résultat ne signifie pas que les experts jugent l’intelligence artificielle plus probable que le réchauffement ou ses conséquences. Il indique que cette catégorie est devenue leur principale préoccupation dans l’exercice de classement.
Les réponses rapportées soulignent aussi un écart entre inquiétude et préparation perçue : seuls 9 % des experts estiment que les pouvoirs publics sont suffisamment préparés aux risques liés à l’IA. En Europe, cette proportion est de 3 %. Le principal motif d’inquiétude présenté est la destruction d’emplois.
L’économiste en chef d’AXA, Gilles Moëc, ajoute, selon l’article, que l’IA n’a pas encore démontré sa capacité à créer de nouvelles activités génératrices d’emplois. C’est une appréciation attribuée à un responsable du groupe, et non une conclusion générale établie par le classement lui-même.
Le climat reste néanmoins au deuxième rang parmi les experts et constitue la première préoccupation du grand public, toutes générations confondues, selon le rapport tel que le rapporte Futura. Les dommages associés aux tempêtes, sécheresses, inondations, incendies, épisodes de grêle et à la montée du niveau de la mer sont cités parmi les préoccupations majeures. L’écart entre les deux groupes rappelle qu’un classement unique peut masquer des priorités différentes.
La séquence des dix risques retenus par les experts
Le tableau restitue l’ordre des risques chez les experts, tel qu’il est présenté dans le compte rendu. Il ne faut pas le confondre avec un classement identique du grand public : les éléments rapportés donnent, pour celui-ci, des priorités précises sur certains sujets, mais pas un ordre complet équivalent.
| Rang | Risque | Éclairage rapporté |
|---|---|---|
| 1 | IA et big data | La destruction d’emplois est la principale inquiétude mentionnée. |
| 2 | Changement climatique | Les événements extrêmes, l’eau, l’alimentation et la santé sont en jeu. |
| 3 | Instabilité géopolitique | Les effets économiques des tensions arrivent en tête des préoccupations de cette catégorie. |
| 4 | Cybersécurité | Le rapport met l’accent sur les attaques contre les infrastructures et la déstabilisation des systèmes. |
| 5 | Risques énergétiques | Le coût de l’énergie est la préoccupation principale citée dans cette catégorie. |
| 6 | Tensions et mouvements sociaux | La défaillance des institutions et le recul des démocraties dominent les inquiétudes décrites. |
| 7 | Fragmentation sociale | Cette catégorie a été introduite dans l’enquête en 2026. |
| 8 | Stabilité financière | Le niveau de préoccupation varie selon les régions du monde. |
| 9 | Risques macroéconomiques | Les guerres commerciales et les droits de douane inquiètent des experts ayant retenu cette catégorie. |
| 10 | Ressources naturelles et biodiversité | La surexploitation des ressources est la préoccupation principale rapportée dans cette catégorie. |
Les rangs ne racontent donc pas une disparition des menaces environnementales. Les risques pour les ressources naturelles et la biodiversité passent à la dixième place, après avoir occupé la sixième position chez les experts pendant les trois années précédentes, selon le compte rendu. Cette baisse mesure un recul relatif dans l’ordre des préoccupations, pas une amélioration démontrée de l’état de la biodiversité.
Ce que les déplacements du classement changent dans la lecture
Deux mouvements méritent d’être séparés. Le premier est l’arrivée de l’IA au sommet, accompagnée d’un faible sentiment de préparation des pouvoirs publics dans les réponses rapportées. Le second est l’apparition de la fragmentation sociale parmi les catégories évaluées.
Les raisons évoquées varient selon les régions : le grand public en France et au Royaume-Uni cite le plus souvent des tensions sociales liées aux migrations, tandis que des experts en Afrique mentionnent d’abord une défiance croissante envers les institutions et les médias. Ces éléments ne décrivent pas une cause unique ni une expérience uniforme à l’échelle mondiale.
Un exemple hypothétique aide à saisir la différence entre rang et décision. Une collectivité qui prépare la continuité de ses services pourrait voir dans le classement un signal pour examiner à la fois la dépendance à ses outils numériques et les conséquences d’une inondation.
Le rang de l’IA ne lui dirait pas, à lui seul, quel service est le plus exposé ni quel investissement prioriser : cela demanderait une analyse propre à ses équipements, à son territoire et à ses moyens.
Pour les arbitrages liés au climat, les choix concrets d’adaptation climatique posent une question complémentaire à celle d’un classement international.
Le rapport indique enfin que 85 % des experts et des personnes interrogées estiment que les risques qui les préoccupent le plus peuvent être au moins partiellement évités grâce à la prévention. Cette réponse est un signe de confiance dans l’action préventive, mais ne précise pas à elle seule quelles mesures seraient efficaces pour chaque risque. Un classement peut aider à repérer des priorités perçues ; il ne remplace ni l’évaluation des menaces à l’échelle d’un secteur, ni le choix et le suivi de mesures adaptées.
Le changement le plus marquant de 2026 est donc moins un verdict sur le danger comparé de l’IA et du climat qu’un déplacement de l’attention des experts. Le climat demeure central, tandis que les risques numériques, géopolitiques et sociaux gagnent en visibilité. Pour interpréter ces rangs sans les transformer en prophétie, il faut garder à l’esprit qui a été interrogé, quel groupe est concerné par chaque résultat et ce que le classement ne mesure pas.
L'auteur
La rédaction Acturama



